L'otarie de Bartolomé

J’ai découvert aux Galápagos un monde ouvert, où l’animal et l’homme peuvent vivre côte à côte. Avec un bonheur où le sentiment de supériorité n’a pas de place : ni maître ni possesseur de la nature.

J’étais arrivée à l’île de Bartolomé, épuisée, après un très long voyage. C’est pourquoi je me reposai sur la plage, profitant des rayons du soleil. Puis, une forme noire sortit de l’eau. C’était la tête luisante d’une otarie : lisse et étincelante. Je m’approchai avec mon appareil photo tandis qu’elle se redressait sur ses nageoires antérieures. On eût dit qu’elle prenait la pose. Je me baissais comme pour m’excuser, de la déranger : avec toute la précaution possible.

Je n’étais pas seule. Mais déjà, en ces quelques instants, d’autres silhouettes apparaissaient.

L’otarie n’était ni effrayée ni méfiante. Elle s’avançait sur la plage vers la limite des épineux. Des serviettes  étaient étendues sur le sable, à l’ombre des buissons. Ce n’était pas la première fois qu’elle en voyait. Avec malice, elle se mit à les humer, une à une, comme si nous n’étions pas là. Puis, enfin, elle les écarta du museau pour s’allonger à son tour.

Le soleil était plus dense, il est vrai. Le désir de me baigner reprit toute sa force. J’allais dans l’eau : pas trop loin… Il m’est difficile d’expliquer la joie ressentie quand une otarie, plus jeune, vient s’amuser autour de moi. Puis, une deuxième.

C’est alors seulement que je remarquai la façon singulière dont elles nageaient. Elles aimaient les courses effrénées, se propulsant avec des mouvements simultanés des nageoires antérieures, les membres postérieurs servant de gouvernail. Elles virevoltaient à la file indienne : agiles et véloces.

Il me semblait voir des serpents, d’une très grande souplesse. J’éprouvai dans la quiétude de l’eau, une forme de liberté et d’innocence.

Ensuite, je sortis m’étendre à nouveau au soleil.

 

Pourquoi les fous